| Poker: le psychologue et les sirènes |
ajoutée le 2007-04-15 21:51:33
Côte-des-Neiges, le matin
Charles, 40 ans, prend son bain. On le frotte, on l’essuie, on l’habille et on l’installe dans sa chaise roulante. Il déjeune. À 8 h 30, il se met en route pour l’atelier.
À l’atelier, Charles lit le journal pour lui et ses compagnons. Quelques mots clés lui servent de repères. Cette «lecture globale» le tient au courant de l’actualité. Charles est atteint de paralysie cérébrale. Il n’habite plus chez ses parents depuis cinq ans.
Hôtel Windsor, centre-ville de Montréal, le soir
«Il faut vraiment être mordu», se dit la mère de Charles, 71 ans. Elle regarde les joueurs de poker, dans la grande salle de l’hôtel. Ils ont payé 300 $ chacun pour participer à ce tournoi. Aussitôt éliminés, la plupart se sont réinscrits au même coût, plusieurs fois.
Une armée de jeunes beautés en minirobes moulantes circulent entre les tables et les caméras de télévision. Elles ravitaillent les joueurs en boissons alcoolisées et en sourires.
Un seul homme dans la salle ne les voit pas : Pierre-Alain DuBois, 34 ans, psychologue industriel. Ce n’est pas par fidélité pour sa copine. Pierre-Alain dispute son premier tournoi de poker à l’argent et il se donne à fond.
Il a abordé le tournoi comme un match de tennis. «Je me suis répété à peu près 300 fois : prudence et patience égalent succès.» Le psychologue possède aussi un classement de Tennis Canada. La compétition, le rythme cardiaque accéléré, il connaît.
«Quand une personne tremble de partout, habituellement c’est synonyme d’une grosse main. Elle n’en a pas eu depuis longtemps et là elle sait qu’elle peut faire de l’argent», dit-il.
Pierre-Alain DuBois a déjà surpassé ses objectifs en se qualifiant parmi les 300 derniers, sur 1200 joueurs au départ. «Je suis arrivé avec une stratégie simple mais efficace. J’étais très prudent en début de parole. Très agressif en fin de parole.» Pierre-Alain joue la position, un concept qui échappe à la plupart des amateurs. Quand il est premier à parler, il mise peu. Il attend les bonnes cartes.
Le temps peut paraître long quand on est prudent et patient. En fait, l’information défile à toute vitesse. «Il faut observer même quand on n’est pas dans une main. J’essayais d’avoir en tête la personnalité de chacun des joueurs», dit le psychologue.
La soirée avance, les joueurs s’éliminent. L’endurance devient un facteur. «Tu joues au poker de 8 h le soir à 5 h du matin sans être entraîné pour ça. Les fumeurs trouvaient que les pauses ne venaient pas vite. Ça m’a favorisé de ne pas boire, de ne pas fumer. J’en ai vu beaucoup qui allaient all in parce qu’ils étaient tannés d’être là.»
Prudence et patience égalent succès, mais à certains moments, il faut agir. Les mises obligatoires augmentent, Pierre-Alain doit tout miser pour survivre. «Si le poker est 70 % d’habileté et 30 % de chance, j’ai assez bien exploité le 30 % de chance.» Il remporte une main critique avec valet-10 contre as-roi.
Prudence et patience égalent succès. «La personne qui m’accompagnait était tannée de l’entendre.»
Vendredi 30 mars, 5 h 11 du matin
On annonce les 20 finalistes du tournoi. Pierre-Alain DuBois en fait partie. «Je me suis dit que je vivrais et mourais avec ma stratégie et maintenant, je m’en vais à Las Vegas.» Les gagnants se font payer leurs dépenses. Neuf d’entre eux participeront au championnat du monde de poker cet été.
L’Open de Montréal, à l’hôtel Windsor, était organisé par la Fondation Miriam, qui enrichit la vie de personnes ayant une déficience intellectuelle. Le tournoi a rapporté 650 000 $ à la Fondation.
Deux heures plus tard
Charles, 40 ans, atteint de paralysie cérébrale, se réveille dans une des résidences de la Fondation. Sa journée commence.
www.miriamfoundation.ca
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