| Loto-Québec refuse de révéler la liste des joueurs qui perdent le plus dans ses casinos |
ajoutée le 2009-10-13 22:43:10
Un organisme qui fournit de l'aide aux joueurs compulsifs a demandé au Loto-Québec de révéler la liste des joueurs qui perdent le plus dans ses casinos. Mais Loto-Québec a refusé de le faire.
Jean-Pierre Roy, le porte-parole de la société répond: "On nous demandait la liste des 100 joueurs qui ont le plus perdu dans nos casinos et notre contentieux en est venu à la conclusion que cette information était de nature confidentielle et concurrentielle et qu’il y avait une possibilité d’identifier ces personnes même si on ne les nommait pas."
Alain Dubois, de la coalition EmJEU ("une coalition de citoyens et de citoyennes préoccupés par le manque d'éthique du gouvernement et de Loto-Québec dans leur gestion des "jeux" de hasard et d'argent") ne comprend pas pourquoi "divulguer une liste anonyme puisse permettre d’identifier des gens. Personne ne peut croire ça. Loto-Québec tient jalousement aux informations qu’elle détient. On dirait souvent qu’on traite avec le Pentagone, mais c’est une société publique et je ne vois pas pourquoi elle s’entête à cacher de l’information qui devrait être facilement accessible."
La demande de publication de la liste est venue suite à un article du journal "The Globe and Mail où on faisait valoir que les pertes des high rollers de Colombie-Britannique et d’Ontario s'élevaient entre 701 000$ et 1,8M$ par an. L'information est prouvée aussi par les documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, qui révèlent que les joueurs canadiens perdent des centaines de milliers de dollars chaque année.
La liste dressée par Loto-Québec a été établie à partir des données des cartes de fidélisation. Celles-ci sont utilisées par les établissements de jeux des deux provinces susmentionnées. Les cartes de fidélisation des casinos enregistrent des informations sur le comportement du joueur (le temps de jeu, le montant de ses mises, les gains et les pertes) et elles sont utilisées pour récompenser les joueurs selon leur niveau d’activité dans les casinos.
Sol Boxenbaum, animateur d'émission dédiée aux joueurs compulsifs déclare: "Loto-Québec et toutes les autres sociétés de jeu du pays ont des programmes de fidélisation. Elles ne veulent pas arrêter les gens de jouer, car elles leur donnent des récompenses en fonction de leur volume de jeu. Plus ils jouent, plus ils ont des gros cadeaux! S'ils devaient vraiment se fier aux touristes et aux joueurs normaux pour faire de l’argent, les casinos fermeraient leurs portes bientôt. La vérité est que les casinos font de l’argent avec le tiers de leur clientèle et cette clientèle est représentée par les joueurs compulsifs. […] Je connais du monde qui est auto-exclu du casino et qui reçoit encore des certificats-cadeaux de 1000$ ou 2000$".
Le coordonateur de l’Institut de recherche sur le jeu de l’Alberta, M. Robert Williams est également fortement convaincu que presque tous ces 100 joueurs sont des joueurs pathologiques. Il est scandalisé que le gouvernement ne fait rien pour les identifier et les aider. Ses soucis sont d'autant plus graves si l'on regarde les chiffres: par exemple, un joueur de Colombie-Britannique a passé 1394 heures au casino en 2008-2009, soit l’équivalent de 40 semaines de travail à temps plein. De plus, seulement dans cette province canadienne 8 de ces 100 joueurs de la liste ont perdu en total 10,6 millions de dollars.
Le porte-parole de Loto-Québec répond à ces accusations: "Nous considérons que nous avons des programmes d’aide – comme le programme d’auto-exclusion – qui sont déjà en place. Et les montants qui sont dépensés ne correspondent pas nécessairement à un problème de jeu. Il y a des gens qui ont les moyens de perdre ces montants".
Alain Dubois d'EmJEU conclut: "La carte de fidélisation est un outil de marketing, mais elle pourrait servir aussi à détecter les joueurs à risque. C’est sûr qu’il y a probablement des gens très riches qui perdent de l’argent et qui en ont les moyens, mais il y a aussi des gens ordinaires qui perdent leur chemise. […] Si on voit, par exemple, qu’une personne vient au casino plusieurs fois par semaine dépenser des milliers de dollars, on peut l’approcher et lui offrir de l’aide. Avec les données que l’on recueille avec ces cartes, on pourrait le savoir facilement."
|
|
|
|